Les Objectifs de développement durable (ODD) concernent tous les acteurs et secteurs.
Pourtant, certaines synergies comme celles des liens entre économie illicite des drogues et ODD, peinent à se développer.

L’expansion record du problème mondial des drogues résonne aujourd’hui avec des phénomènes et facteurs politiques et socio-économiques allant au-delà de la seule disponibilité des substances et des dynamiques du marché parallèle. Un corpus grandissant montre comment le marché global des drogues, mais aussi les réponses strictement répressives dédiées entravent de plus en plus l’action publique sur des terrains élargis : santé (ODD3), genre (ODD5), intégration socio-économique (ODD1, 8, 10, 11), stabilité et gouvernance (ODD 11, 16),  et environnement (ODD 6, 14, 15).

En avril 2016, les Nations unies en Session extraordinaire de l’Assemblée Générale se sont engagées de façon inédite à une action plus intégrée et multidisciplinaire sur les drogues, davantage axée sur la santé, le développement et les droits humains. La complémentarité de la lutte anti-drogue et la réalisation des ODD y avait été ainsi reconnue. Présente à des débats innovants comme le dernier Paris Peace Forum, traitée par des experts internationaux rassemblés en "hubs" dédiés, réunions spécialisées ou laboratoires innovants ou encore listée aux stratégiques nationales telles le Plan national contre les addictions, la question des liens entre drogues et développement engage de plus en plus états, société civile et agences onusiennes à une mise en cohérence, aux niveaux locaux comme globaux.

Si cette approche n’en est encore qu’à ses débuts et peine à être partagée par les États les plus conservateurs, le recadrage à l’œuvre et ses premières déclinaisons pratiques permettent d’envisager  la possibilité de faire des ODD un outil d’efficience et de cohérence politique, et une approche alternative légitime et crédible aux stratégies défaillantes de lutte guerrière contre les drogues depuis plus de cinquante ans. Si le défi reste de taille, la réflexion mérite de s’y risquer.

Déborah ALIMI                                                                                         

Centre européen de sociologie et science politique (CESSP) Université Paris I Panthéon Sorbonne

Pour aller plus loin...« An Agenda in-the-Making: the Linking of Drugs and Development Discourses », Journal on Illicit Economies and Development, LSE Press, London, Vol.1, n°1, p. 37-51

Pour aller plus loin...« Drogues et développement : vers de nouvelles perspectives ? », Drogues, enjeux internationaux, n° 11, Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), juin 2018.