Sécurité alimentaire et climat mettent le système agroalimentaire européen sous pression

Un nouveau rapport du Conseil scientifique consultatif européen alerte sur les risques croissants pour le système agroalimentaire et recommande une transformation urgente pour réduire les émissions et renforcer la résilience face aux sécheresses, inondations et vagues de chaleur.

Rapport du Conseil consultatif scientifique européen : « Adaptation au changement climatique et atténuation de ses effets dans le système agroalimentaire – Recommandations pour des politiques européennes cohérentes »
Crédits : Ecologic Institute Agrandir la figure 3552

Rapport du Conseil consultatif scientifique européen : « Adaptation au changement climatique et atténuation de ses effets dans le système agroalimentaire – Recommandations pour des politiques européennes cohérentes »

Le nouveau rapport du Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique tire le signal d’alarme au sujet du système agroalimentaire de l’Union européenne. Dans une publication intitulée « Adaptation et atténuation du changement climatique dans le système agroalimentaire : recommandations pour des politiques européennes cohérentes », les experts soulignent que ce pilier essentiel de l’économie européenne, de la production d’engrais jusqu’à l’assiette du consommateur, est à la fois une source importante d’émissions de gaz à effet de serre et de plus en plus exposé aux impacts du changement climatique. Aujourd’hui, ce système représente environ un tiers des émissions nettes de l’UE, tout en étant de plus en plus menacé par des sécheresses, vagues de chaleur, inondations et épidémies qui sapent la sécurité alimentaire et compromettent les moyens de subsistance des agriculteurs.

Le rapport constate que les avancées actuelles en matière d’adaptation et de réduction des émissions sont nettement insuffisantes par rapport aux objectifs climatiques européens pour 2040 et 2050. Sans une accélération significative de l’atténuation dans le secteur agroalimentaire, atteindre la neutralité climatique nécessiterait des réductions d’émissions supplémentaires dans d’autres secteurs ou une augmentation drastique des absorptions de carbone, ce qui alourdirait les coûts pour l’économie européenne et augmenterait les risques liés au climat.

Selon les experts, améliorer simplement les pratiques agricoles existantes ou adopter des technologies marginalement plus efficaces ne suffira pas, il est nécessaire d’opérer une transition systémique qui intègre à la fois l’adaptation au changement climatique et la réduction des émissions le long de toute la chaîne de valeur, de la production primaire à la consommation des aliments. Cela implique de repenser les systèmes de production, l’usage des terres et les habitudes de consommation dans une logique durable et résiliente.

Le rapport met en avant six grandes recommandations politiques. Parmi elles, il est préconisé de réformer la Politique agricole commune (PAC) pour éliminer les incitations aux pratiques les plus intensives en gaz à effet de serre, d’explorer un mécanisme de tarification des émissions adapté au secteur, et de renforcer le soutien financier et technique aux agriculteurs pour surmonter les obstacles à la transition. Il est également question de promouvoir des régimes alimentaires plus sains et favorables au climat, de réduire le gaspillage alimentaire et d’assurer des financements publics adéquats pour soutenir cette transformation.

Pour les auteurs, cette démarche doit être progressive et juste, en veillant à accompagner les agriculteurs et les régions les plus vulnérables face aux transformations nécessaires. Le rapport arrive à un moment crucial, alors que la révision prochaine du budget de l’UE, de la PAC et du cadre climatique 2031‑2040 offre une fenêtre d’opportunité politique décisive pour aligner les politiques agricoles sur les objectifs climatiques à long terme de l’Union.

Dans un contexte où les pertes agricoles liées au climat se chiffrent déjà en dizaines de milliards d’euros par an et devraient continuer à augmenter, ce rapport constitue un appel clair à l’action urgente. Il rappelle que pour garantir la sécurité alimentaire européenne, protéger les moyens de subsistance ruraux et atteindre les engagements climatiques, il ne suffit plus d’adapter, il faut transformer.

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