Journal de bord du Forum politique de haut niveau 2023 - Jour 6

Publié le 18 juillet 2023


À l’International

Le Forum politique de haut niveau (FPHN) est un forum intergouvernemental annuel au cours duquel les pays examinent et rendent compte des progrès accomplis vers la réalisation des Objectifs de développement durable. Le FPHN 2023 se tient du 10 au 19 juillet, sous le thème : « Accélérer la reprise après la maladie à coronavirus (COVID-19) et la mise en œuvre intégrale de l’Agenda 2030 pour le développement durable à tous les niveaux ».

La France prend la parole au Forum politique de haut niveau

Lundi 17 juillet

Intervention de Bérangère Couillard - Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargée de l’Écologie

Bérangère Couillard - Secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargée de l'Écologie Agrandir la figure 2395
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« Nous nous retrouvons à mi-parcours de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 dans une situation bien plus défavorable que nous ne l’aurions espéré en 2015. A quelques mois du Sommet ODD, le compte n’y est pas. Les crises multiples et interconnectées que nous traversons depuis trois ans expliquent en partie le retard de mise en œuvre de l’Agenda 2030.

La multiplication et l’intensification des conflits est à ce titre particulièrement préoccupante et les conséquences mondiales de l’agression russe à l’encontre de l’Ukraine recueillent toute notre attention. Nous le réaffirmons encore une fois : il ne saurait y avoir de développement durable sans paix, ni de paix sans développement durable.

Toutefois, ne nous défaussons pas de nos responsabilités : déjà avant le début de la pandémie, nos trajectoires de développement étaient incompatibles avec la réalisation de l’Agenda 2030. Il faut donc saisir cette opportunité de se réengager sur une voie plus juste et durable à long terme.

Bien que le chemin à parcourir reste considérable, nous ne devons céder ni au fatalisme, ni à la résignation. Comme nous l’ont rappelé les co-présidents du Groupe des scientifiques indépendants, il n’est pas trop tard pour inverser la tendance et enclencher les transformations radicales dont nous avons besoin. Si nous nous en donnons les moyens, nous pouvons encore réaliser notre ambition d’un monde plus juste, plus durable, plus résilient et qui ne laisse personne de côté.

Dans cette situation, l’Agenda 2030 doit rester – plus que jamais - notre boussole commune. Au-delà des déclarations d’intention, nous devons proposer de manière urgente des solutions concrètes pour sortir de cette crise sans fin et accélérer l’atteinte des objectifs de développement durable. A ce titre, nous apportons notre plein soutien au Secrétaire général des Nations unies dans sa volonté de faire du Sommet ODD un sommet de la mise en œuvre, reposant sur des engagements concrets et à la temporalité clairement définie.

La France présente demain sa deuxième revue nationale volontaire qui a été construite de manière participative avec tous les acteurs. Ce travail a permis de dresser le bilan des progrès réalisés collectivement depuis 2017, et identifie les défis qu’il nous reste pour les 7 prochaines années. Nous nous engageons à redoubler d’efforts pour atteindre nos engagements au plan national.

Mais notre première préoccupation concerne l’état de mise en œuvre des ODD au plan international. Nos biens publics mondiaux ne peuvent s’accommoder d’un monde à deux vitesses, où les pays qui concentrent l’essentiel des vulnérabilités ne disposent pas des moyens financiers pour y faire face. Sans solutions pérennes, nous courrons le risque d’une fracture mondiale irrémédiable. La tenue à Paris du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial a à ce titre permis de mettre sur la table des solutions neuves et ambitieuses.

L’Agenda de Paris pour les peuples et la planète qui y a été adopté énonce des principes importants qui doivent guider notre action. Conformément à l’esprit de l’Agenda 2030, nous devons délivrer un choc de financement public et privé et renforcer notre architecture financière internationale afin qu’aucun pays n’ait à choisir entre la lutte contre la pauvreté et la préservation de la planète. Il est désormais de notre responsabilité de s’assurer que ces efforts se traduisent par des avancées concrètes dans les prochains mois.

Nous devons à ce titre tirer parti des multiples initiatives multilatérales et solidaires qui ont émergé, et nous assurer que les grandes échéances à venir – à New Dehli, à Nairobi, à Marrakech, à Abu-Dhabi – débouchent sur des résultats tangibles et ne soient pas autant d’occasions manquées.

La France reste pleinement engagée pour un monde sobre en carbone, résilient, respectueux de la biodiversité, juste et protecteur envers les plus vulnérables. En œuvrant avec détermination et ambition à la réalisation de l’Agenda 2030, nous pouvons en faire une réalité tangible pour tous. »


Interview d’Anne-Laure Camarroque, Responsable Projets et RSE chez Calydial

Anne-Laure Camarroque représente Calydial, établissement sanitaire de santé Agrandir la figure 2396
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Anne-Laure Camarroque représente Calydial, établissement sanitaire de santé rénale non lucratif, lauréat de la conférence contributive pour l’ODD 6.

L’innovation de l’établissement permet d’économiser une quantité significative d’eau pour l’activité de dialyse, en associant un renouvellement du traitement d’eau et l’installation d’une centrale de fabrication d’acide. L’établissement a été le premier à mettre en place ce double système en France.

  • Pourquoi être venue au FPHN ?

C’est une chance pour moi d’être ici et de pouvoir porter notre projet. C’est à la fois un aboutissement et un lancement. Un aboutissement puisque Calydial est conscient de sa responsabilité sociétale depuis des années, et nous travaillons notamment beaucoup sur la prévention, l’expérience patient et la démocratie sanitaire. Un lancement également puisque nous avons inscrit la RSE et le développement durable comme un axe fort de notre nouveau plan stratégique. Nous souhaitons par ailleurs travailler en partenariat, et avons par exemple contribué au guide « néphrologie verte » de la société française de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT).

  • Quels messages venez-vous porter au FPHN ?

Les établissements de santé sont victimes et acteurs du réchauffement climatique. De par leur nombre, leur présence sur l’ensemble du territoire, l’impact de leur activité (production de déchets, pollution, consommation d’eau, etc.), c’est un secteur qui peut être un levier majeur pour agir sur tous les ODD.
Une transformation majeure du secteur de la santé est possible, par l’écoconception des soins notamment, et certains s’emparent déjà de ce concept pour revoir une multitude de processus sanitaires, en travaillant avec toutes les parties prenantes, dont les patients eux-mêmes. Il faut créer une nouvelle boussole pour le secteur sanitaire, une approche intégrée à l’image de One Health.


Interview de Fanny Roussey, Directrice exécutive de Convergences et Aurélien Daunay, Directeur général délégué – vice CEO chez Acted sur les maisons 3ZERO

Fanny Roussey, Directrice exécutive de Convergences et Aurélien Daunay, Directeur général délégué – vice CEO chez Acted sur les maisons 3ZERO Agrandir la figure 2397
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  • Pourriez-vous vous présenter ?

Nous sommes Fanny Roussey Directrice exécutive de Convergences et Aurélien Daunay Directeur général délégué – vice CEO chez Acted. Nous agissons comme plateforme de partenariat multi-acteurs et en faveur de la solidarité internationale. Notre ambition repose sur la co-construction d’un monde 3ZERO : « Zéro exclusion, Zéro carbone, Zéro pauvreté ». Acted est une ONG, née d’un projet local il y a 30 ans dans le contexte d’une crise humanitaire oubliée en Afghanistan. A présent nos actions soutiennent 18 millions de personnes dans 45 pays confrontés aux crises humanitaires, sociales, environnementales, économiques entre autre. Convergences a été cocréée par Acted en 2008 suite au constat de la nécessité de connecter les acteurs de la société civile avec le secteur public et privé pour augmenter leur impact respectif. Aujourd’hui nous permettons un dialogue avec 300 organisations à travers le monde en s’appuyant sur de nombreux groupes de travail. Ces organes multi-acteurs ont contribué à la réalisation de 14 Forums globaux et une dizaine Forums nationaux ayant rassemblé un total de 70 000 participants, en présentiel et en ligne.

  • Pourquoi est-ce important pour vous d’être au forum de haut niveau cette année ?

C’est une opportunité de porter au niveau du siège onusien les messages et les actions du terrain alors que nous sommes dans une période charnière. A l’heure où les crises multi-dimensionnelles se répètent et s’amplifient, un des enjeux est notamment de reconnecter les agendas globaux avec la réalité des acteurs du « 1er km ». Nous avons participé à la conférence contributive proposée par l’Institut Open Diplomacy et soutenue par le CGDD/ Ministère de la transition écologique et avons été sélectionnés en tant que lauréats pour notre action atour des maisons 3ZERO qui répondent aux principes de l’ODD 17.

  • Quelles sont vos principales réalisations ?

Au-delà des 18 millions de personnes soutenues cette année, pour accompagner une transition juste et adaptée aux spécificités territoriales sur le long terme, nous développons les Maisons 3ZERO. Au Sud comme au Nord, il s’agit d’espaces collaboratifs permettant de connecter des acteurs de tous secteurs (société civile, collectivités locales, réseau citoyen de jeunesse, du monde académique, de l’innovation) pour faciliter la montée en compétence, la concrétisation de partenariats, les innovations et solutions locales 3ZERO à travers la mise en commun des expertises et ressources.

Nous comptons 3 pilotes actuellement : en France, en partenariat avec l’Hermitage, un tiers lieu d’innovation rurale à Autrêche (750 habitants) dans l’Oise, où nous développons le campus 3ZERO Europe, aux Philippines, où se trouve notre maison historique depuis 2019 à Manille et au Tadjikistan à Douchanbe, la troisième et dernière-née en 2022.

Nous travaillons actuellement sur le déploiement du modèle dans une dizaine de pays au Kenya, en Ouganda, au Sri Lanka, en Jordanie, Tunisie, Turquie, au Liban, en Moldavie, au Pakistan ou encore Kirghizistan, soit des pays tous représentés ces jours-ci au siège des Nations-Unies.

  • De quels projets êtes-vous les plus fiers ?

Aux Philippines, où les « 3ZERO Breakfast Forum » rassemblent très régulièrement des acteurs de différents horizons pour échanger de manière très constructive sur les enjeux concrets d’inclusion, de lutte contre le changement climatique et d’équité sociale. Les entrepreneurs de l’écosystème de la maison 3ZERO ont aussi développé des solutions à impact telles qu’une plateforme pour favoriser l’inclusion professionnelle des personnes exclues du monde du travail ou encore l’organisation de collecte, du recyclage et la transformation de déchets plastiques pour des matériaux de construction et créer notamment des abris résistants.

Au Tadjikistan où des acteurs mobilisés sur le climat, le tourisme durable, le développement inclusif du secteur privé local, la culture, la microfinance à impact ont rapidement rejoint l’aventure.

Et enfin, le campus 3ZERO en France parvient à réunir en milieu rural entreprises, innovateurs, habitants, représentants des collectivités territoriales autour de projets concrets sur l’agro écologie, la transition énergétique, le vivre ensemble et la transition numérique citoyenne. Il a permis de réunir plus de 200 acteurs dans le cadre de séjours 3ZERO inspirants, est soutenu par une 40aine de partenaires publics, privés ou non lucratifs et a contribué avec Acted et Convergences à la formation de plus de 30 fonctionnaires de l’administration centrale sur les enjeux de transition écologique équitable 3ZERO sur le « 1er km ». Nous souhaitons à présent déployer le modèle à d’autres lieux en France et en Europe. Ce campus a également accompagné plus d’une trentaine d’entrepreneurs ruraux dans la structuration de leurs projets à impact et leur modèle économique.

  • Quels messages portez-vous en venant à l’ONU ?

Il s’agit de redire l’importance des collaborations de tous les acteurs et de tous les secteurs dont la société civile. Nous avons besoin de toutes les compétences et ressources pour mener des projets à impact environnemental et social au 1er km. Nous sommes un incubateur de solutions locales. Nous voulons aussi permettre de montrer ce qui marche pour que cela soit déployé ailleurs. Notre démarche s’appuie aussi sur la dimension « Think local, act global ».

Être présents à l’ONU, en tant que membres de la délégation française, constitue une occasion unique de mettre en avant ces initiatives, d’apporter une dimension « granulaire » de projets terrain dans cette grande assemblée, une occasion aussi de valoriser des organisations de la société civile qui ont un rayonnement international et qui contribuent à briser les silo.

  • Que retenez-vous de cette journée d’ouverture ?

La déclaration de ce lundi 17 juillet 2023 du Secrétaire général résonne avec nos constats. Il y a urgence de mobiliser toutes les parties prenantes, y compris le monde de la finance, face aux défis grandissants, pour la réalisation des ODDs. Nous sommes persuadés du rôle crucial de structures telles qu’Acted et Convergences ou des maisons 3zéro peuvent jouer pour réunir le très grand et le très petit, faciliter le fléchage des flux de financements vers des porteurs de projets concrets, les soutenir, même sur des territoires oubliés. Nous appelons à des actions collectives globales et intégrées.

  • Avez-vous une actualité à partager ?

Nous organisons un événement important, le forum 3ZERO de Convergences, qui réunira à Paris le 5 septembre un grand nombre d’acteurs autour de la question d’accélérer la mise en œuvre des ODD sur le 1er km. Nous espérons toutes et tous vous y retrouver ! https://www.convergences.org/forum-mondial/


Rencontre avec Bérangère Couillard

Échanges entre Bérengère Couillard et les délégués de l’Institut Open Diplomacy Agrandir la figure 2401
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Les trois délégués de l’Institut Ope|n Diplomacy représentant la jeunesse française au High-Level Political Forum de l’ONU ont rencontré le 17 Juillet la Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargée de l’Écologie, Bérangère Couillard, pour discuter des priorités de la jeunesse française qu’ils défendent au G7 et au G20.

Apinayaa UTHAYAKUMAR a souligné l’importance de préparer les générations futures aux emplois verts en développant leurs compétences et leurs connaissances du changement climatique, un message que Madame la Ministre a trouvé particulièrement important dans un contexte où seuls 4 français sur 10 ont eu connaissance des ODD. Pour cela, Apinayaa UTHAYAKUMAR met en évidence qu’il est nécessaire de pratiquer les ODD par :

  • la systématisation des conventions avec les entreprises proposant des emplois verts pour les stages de troisième avec une demi-journée réservée à l’orientation.
  • l’octroi d’un droit de réponse obligatoire des gouvernements sur l’utilisation des ressources naturelles, en qualité d’héritiers au sein des COP et du Conseil national de la Refondation.

Elle appelle, le gouvernement à croiser les partenariats internationaux en renforçant les mécanismes de financement vert et ceux du climat sans prêt qui ciblent les pays à revenu faible, intermédiaire et les États insulaires. La Ministre rappelle que la Première Ministre accorde une enveloppe supplémentaire de 7 milliards d’euros en 2024 pour la transition énergétique.

Mathilde LEBON a mis en avant l’urgence de protéger et restaurer la biodiversité. Elle a rappelé la proposition portée dans le cadre du Youth 7 au Japon en avril dernier : l’arrêt total des pratiques d’exploitations minières des fonds marins et la sanctuarisation de ces écosystèmes abritant une biodiversité fragile. Dans un contexte où ces pratiques sont débattues au siège de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) en Jamaïque, elle a insisté sur l’importance pour la France de continuer à sensibiliser les autres pays sur ce sujet. La Ministre a entendu son argument sur ce thème, et a noté les conséquences catastrophiques de ces pratiques sur les fonds marins. L’impact environnemental et social de l’industrie du textile a aussi été au cœur des discussions. A ce sujet, la Ministre a annoncé la mise en place d’un Éco-score. Enfin, l’économie circulaire a été abordée et la Ministre a partagé les efforts entrepris par le gouvernement à ce sujet.

Carl DU JEU a noté que l’intelligence artificielle n’est pas mentionnée dans la RNV française de 2023, bien que ce sujet préoccupe fortement la jeunesse française à travers son impact potentiel sur l’emploi et la démocratie. La ministre a souligné l’impact environnemental du secteur numérique et de la nécessité d’engager le secteur privé sur sa responsabilité propre.


Moment d’échanges entre la délégation française et la Secrétaire d’État, auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargée de l’Écologie au #HLPF2023

Parlementaires, ONG, entreprises collectivités, chercheurs, associations, sont tous mobilisés pour atteindre les 17 objectifs des #ODD de l’@2030Agenda
Parlementaires, ONG, entreprises collectivités, chercheurs, associations, sont tous mobilisés pour atteindre les 17 objectifs des #ODD de l'@2030Agenda Agrandir la figure 2398
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Synthèse de l’ONU de la journée du 17 juillet - 12ème séance

Devant l’ECOSOC, le Secrétaire général appelle à un « nouveau Bretton Woods » pour financer la course aux ODD avant qu’advienne l’irréparable