Enjeu 2 : Transformer les modèles de sociétés

Progrès importants attendus

Publié le 11 octobre 2021

La situation au regard des Objectifs de développement durable montre encore un état de l’environnement très loin des cibles à atteindre, voire en dégradation. C’est pourquoi la présente partie met l’accent sur la situation de la biodiversité [1] et d’un de ses facteurs de fragilisation qu’est l’étalement urbain.

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Les milieux vivants aquatiques continuent de se dégrader avec près de 76 % des habitats étudiés révélant un état de conservation défavorable entre 2013 et 2018. Près de 60 % des 642 évaluations d’espèces vivant dans ces milieux indiquent un état altéré contre un peu plus d’un quart présentant un état favorable entre 2013 et 2018. Seuls 8 % des habitats et des espèces évaluées de 2013 à 2018 présentent une amélioration par rapport à la période quinquennale précédente [2].

Une attention importante doit être maintenue sur les océans qui absorbent plus de 90 % du réchauffement climatique [3] au péril de l’équilibre de leur écosystème. La biodiversité marine française est d’une richesse exceptionnelle avec 240 000 espèces marines répertoriées [4], cependant la pollution menace et il est estimé au niveau mondial que 5 à 13 millions de tonnes de plastiques entrent dans les océans par an [5] soit 1 à 4 % de la production mondiale, constituant aujourd’hui 80 % des débris marins. Cette pollution en milieu marin a augmenté de 9,3 % entre 2012 et 2017 et appelle des changements de comportements dans toutes les sphères de la société.

Les progrès dans l’amélioration des milieux sont néanmoins possibles et rapides quand des mesures ambitieuses sont prises. Ainsi, entre 2012 et 2017 les rejets d’azote liés aux nitrates des pollutions agricoles ont baissé de moitié en Atlantique [6] et d’un quart sur la façade Manche - mer du Nord. Les stations enregistrant une tendance à la disparition des récifs coralliens semblent moins fréquentes avec 29,3 % en 2017 contre 36 % en 2015 [7] [8]. Les efforts de protection des aires marines ont augmenté avec 23,6 % d’aires protégées (2019) contre seulement 1,3 % en 2010 [9].

La perte de biodiversité, la destruction des habitats naturels terrestres, la déforestation, les pratiques agricoles intensives, l’urbanisation, le développement des transports internationaux mais aussi le commerce illégal d’espèces sauvages qui transite par l’Union européenne et la France [10] offrent aux microbes pathogènes l’opportunité plus forte d’entrer en contact avec des espèces animales, végétales et des humains et ainsi d’accroitre les risques épidémiques voire pandémiques.

Des politiques visant à protéger la biodiversité terrestre sont mises en place, notamment par la protection accordée à certaines zones : les aires terrestres bénéficiant d’une protection forte (métropole) représentent seulement 1,4 % des espaces naturels [11]. En 2018 en métropole, les espaces dédiés à l’agriculture occupent à ce jour plus de la moitié du territoire (51,5 % [12]) tandis que les zones naturelles, forestières, humides ou sous les eaux en occupent 39,5 %. La destruction et la fragmentation des espaces naturels constituent une menace pour la biodiversité par la perte des Trames vertes, bleues, brunes et noires (plantes, eau, sols, pollution lumineuse).

La biodiversité terrestre est un atout de la France qui est l’un des 17 pays mégadivers [13] au monde mais trois quarts des habitats d’intérêt communautaire ne sont pas en bon état. On relève 24 % d’espèces spécialistes en moins depuis 1989 et 39 % [14] en milieu agricole dont un quart des coucous. Entre 2014 et 2019, on constate une diminution de 2,4 % de ces populations d’oiseaux communs [15] et une baisse de 14,2 %, sur la même période, d’espèces spécialistes. Ces chiffres sont inquiétants aussi bien pour la biodiversité des villes que des campagnes. Le déclin est lié aux pratiques agricoles intensives et au recours aux insecticides qui se traduit par 80 % de baisse d’insectes en Europe. En regard, l’agriculture biologique représente désormais 8,5 % de la surface agricole totale (2,3 millions d’hectares) et connaît une progression encourageante de 13 % depuis 2018 [16].

Par ailleurs, les campagnes ne sont pas la seule réserve de biodiversité, selon le Museum d’Histoire naturelle, certaines zones artificialisées ou friches [17] (carrières, friches industrielles, friches agricoles…) peuvent devenir des réservoirs de végétation et vie terrestre [18].

Conformément au plan Climat annoncé à l’été 2017, le « plan biodiversité de juillet 2018 » a réaffirmé les objectifs de la France en matière de limitation de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers. L’État entend diviser par deux le rythme actuel d’artificialisation des sols d’ici dix ans, et atteindre l’objectif « zéro artificialisation nette » fixé par le plan biodiversité 2018 et comme annoncé lors du Conseil de défense écologique de juillet 2020, en s’appuyant notamment, sur les travaux et propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat. La troisième stratégie nationale de biodiversité 2021-2030 est en cours d’élaboration avec pour ambition de protéger 30 % des espaces naturels nationaux d’ici 2030 [19].

Du fait de l’importance du maintien des espaces agricoles et naturels, l’étalement urbain et l’artificialisation des sols sont deux points de vigilance dont les conséquences engendrent une perte de ressources en sol arables, accélèrent le ruissellement des eaux pluviales, accroissent la vulnérabilité aux inondations et dégradent la qualité chimique et écologique des eaux. L’artificialisation est passée de 5,2 % en 1982 à 9 % en 2018 [20], par contre, elle s’abaisse à 7,9 % en adjoignant les départements d’outre-mer, selon l’enquête Teruti-Lucas [21]. L’artificialisation des sols progresse aujourd’hui plus vite que la démographie (1,4 % par an pour une augmentation de population de 0,5 % entre 2006 et 2015) [22].

Le mitage en zone urbaine peut être enrayé par des actions de densification ciblées et d’aménagement des bourgs, à l’exemple du programme « action cœur de ville » porté depuis 2017 par le ministère de la Cohésion des territoires auprès de 222 villes ou de la loi « évolution du logement de l’aménagement et du numérique » (Elan) de 2018, qui inscrit la lutte contre l’étalement urbain dans le Code de l’urbanisme et la densification dans les plans locaux d’urbanisme (PLU).

En près de quarante ans (1982-2018), les terres agricoles perdent 7,7 % de leur surface en France métropolitaine soit 2,4 millions d’hectares. Ces pertes représentent 4,3 % de la superficie totale du territoire métropolitain, l’équivalent de l’ancienne région Lorraine. La surface de terres agricoles a chuté de 56,8 % en 1982 à 51,5 % en 2018 [23]. Au rythme actuel, 9 % de la surface agricole utile actuelle, c’est-à-dire 2,7 millions d’hectares, seraient artificialisés d’ici 2060 [24]. Freiner l’étalement urbain pour préserver les terres agricoles ou naturelles et augmenter l’autonomie alimentaire de la France est en enjeu primordial. L’intensité d’usage en agriculture a affecté négativement la biodiversité et l’émergence de nouvelles pratiques, à encourager, permettent à la fois de protéger les espèces, régénérer les sols, décarboner le secteur agricole et augmenter l’autonomie protéinique, comme l’illustre le plan légumineuses par exemple [25].

Notons enfin à propos de l’usage des sols que la disparition des terres du littoral est également préoccupante : les risques d’inondation menacent un habitant sur quatre (17,1 millions) et 9 millions d’emplois dont 1,4 millions d’habitants du littoral [26]. Par ailleurs, la France recense, à la mi-2018, 6 800 sites et sols pollués ou potentiellement pollués, inventoriés depuis le début des années 1990 dans la base Basol [27].


[7Ces résultats sont toutefois à prendre avec précautions car les valeurs communiquées recouvrent des réalités hétérogènes, puisqu’elles fluctuent de 19 à 60 % en fonction des collectivités. Seules 82 stations des 691 référencées dans les outre-mer français sont prises en compte dans l’estimation. L’indicateur rend difficilement compte des différences entre les COM. D’autre part, l’évaluation ne tient pas compte des derniers événements extrêmes (cyclones Antilles 2017, épisode de blanchissement des coraux Indo-Pacifique 2016-2017).

[11Insee, Indicateurs pour le suivi national des objectifs de développement durable, 2021 (ODD15 : « aires terrestres protégées ») : cet indicateur fournit la proportion du territoire français terrestre bénéficiant d’une protection forte. Il ne concerne pas l’ensemble des différents types d’aires protégés mais uniquement les cœurs de parc national, les réserves naturelles, les réserves biologiques et les sites faisant l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope ou de géotope.

[13Groupe de pays qui détiennent la majorité des espèces et sont donc considérés comme les plus riches de la planète en matière de diversité biologique. Le Centre de surveillance de la conservation de la nature (UNEP-WCMC), agence du programme des Nations unies pour l’environnement, a identifié 17 pays mégadivers pour la plupart dans les tropiques.

[1760 % de la biodiversité se logerait dans les friches.

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