La succession de Guterres ouvre le chapitre de l’après-Agenda 2030

Candidats à la succession du Secrétariat général de l'ONU
Les candidats à la succession d'António Guterres défendent leur vision - Crédits : France 24 Agrandir la figure 3802

Les candidats à la succession d’António Guterres comme Secrétaire général de l’ONU défendent leur vision

À l’ONU, la succession d’António Guterres entre dans sa phase décisive. Son mandat s’achève le 31 décembre 2026 et son successeur doit entrer en fonction le 1er janvier 2027. Cette échéance ouvre une nouvelle séquence pour l’Organisation, alors que l’Agenda 2030 arrive à son terme et où se pose la question de ce que pourrait être le multilatéralisme de l’après-2030.
À quelques mois de l’échéance, aucun consensus ne s’est encore dégagé au Conseil de sécurité. Les trois premiers « straw polls », ces scrutins informels destinés à mesurer les soutiens dont disposent les candidats, n’ont pas permis de faire émerger une candidature incontestée. Sept candidatures sont actuellement officiellement enregistrées : Ivonne A-Baki et María Fernanda Espinosa pour l’Équateur, Rafael Grossi pour l’Argentine, Rebeca Grynspan pour le Costa Rica, Olara Otunnu pour l’Ouganda, Carolyn Rodrigues-Birkett pour le Guyana et Macky Sall pour le Sénégal. Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne, a retiré sa candidature en septembre.

Le processus est désormais plus ouvert et plus transparent semble t-il que lors des précédentes successions, notamment grâce aux auditions publiques organisées devant l’Assemblée générale.

L’Agenda 2030 avait fourni, depuis 2015, un cadre commun à l’action internationale autour des dix-sept Objectifs de développement durable. Son échéance ne signifie pas la disparition des enjeux qu’il avait contribué à structurer comme la pauvreté, la lutte contre les inégalités, le climat, la santé, la sécurité alimentaire, le financement du développement ou encore la transformation numérique demeureront au cœur des agendas nationaux et internationaux. En revanche, elle oblige à repenser les instruments, les priorités et les mécanismes de coopération permettant de les traiter.

L’initiative « UN80 », lancée pour rationaliser et moderniser l’Organisation, constituera à cet égard un chantier majeur.

Pour être recommandé par le Conseil de sécurité, un candidat doit obtenir au moins neuf voix et ne faire l’objet d’aucun veto d’un membre permanent. La séquence actuelle illustre toute la difficulté de cette équation. Lors du troisième scrutin informel, Rebeca Grynspan a obtenu neuf voix d’encouragement, contre huit pour Carolyn Rodrigues-Birkett ; María Fernanda Espinosa demeure également dans la course. Ces résultats ne constituent toutefois pas un vote final et ne permettent pas, à eux seuls, de préjuger de l’issue. Des candidatures tardives restent possibles, ce qui témoigne du caractère encore ouvert des négociations entre les grandes puissances.

Une autre dimension de cette succession concerne la représentation. Les neuf secrétaires généraux précédents ont tous été des hommes. Dans le cadre des usages de rotation régionale, l’Amérique latine et les Caraïbes font par ailleurs valoir leur candidature pour cette fonction. Le choix qui sera effectué pourra donc avoir une portée symbolique importante, même si, en dernière instance, la nomination restera étroitement liée aux rapports de force au Conseil de sécurité.

Mais l’enjeu essentiel se situe peut-être ailleurs. L’après-Agenda 2030 pourrait constituer un moment de redéfinition du contrat multilatéral. Le cadre fixé en 2015 reposait sur l’idée qu’un ensemble d’objectifs communs pouvait permettre aux États de converger, malgré leurs différences, autour de priorités mondiales. Dix ans plus tard, la fragmentation géopolitique, les crises successives et les tensions sur le financement du développement rendent cette convergence plus difficile.

Le prochain secrétaire général devra donc moins prolonger à l’identique le modèle de l’Agenda 2030 que construire ce qui peut lui succéder, nouveaux objectifs, nouveaux mécanismes de coopération, nouvelles formes de financement et, surtout, nouvelles conditions politiques de l’action collective.
La nomination de 2026 sera ainsi un test pour l’ONU elle-même. Elle permettra de mesurer non seulement la capacité des États à s’accorder sur une personnalité, mais aussi leur volonté de préserver un espace commun de négociation dans un système international de plus en plus conflictuel.