Alimentation durable et Agenda 2030, retour sur la rencontre du 24 septembre 2026

Le 24 septembre 2026, le ministère de la Transition écologique a réuni chercheurs, associations, collectivités et services de l’État autour d’une question : comment rendre l’alimentation durable accessible à tous ? Deux tables rondes ont permis de confronter les analyses et les initiatives de terrain.

Le 24 septembre 2026, le ministère de la Transition écologique a accueilli une matinée d’échanges intitulée « Alimentation durable et Agenda 2030 », organisée par le Commissariat général au développement durable (CGDD). Le thème proposé : « Accélérer la transition vers une alimentation durable et accessible à tous, à partir de regards croisés sur les solutions et les leviers d’action territoriaux ».

La première, animée par Charlie Brocard, chercheur en transition des modes de vie et alimentation à l’IDDRI, portait sur les conditions d’un accès équitable à l’alimentation durable. Elle a réuni Olivier Andrault, du département Alimentation durable de Que Choisir Ensemble, Jean-Christophe Sarrot, du département Écologie d’ATD Quart Monde, et Lorana Vincent, déléguée générale du réseau VRAC. La seconde, animée par Catherine Conil, cheffe du bureau Agriculture et alimentation durable au CGDD, s’intéressait aux territoires en action et aux moyens de lever les freins économiques et culturels. Elle a donné la parole à Véronique Branger, responsable du Laboratoire d’initiatives alimentaires (LIA Bordeaux), Vincent Clerc, directeur de la CAF de Savoie, Caroline Cornuau, sous-directrice adjointe de l’accompagnement des transitions alimentaires et agroécologiques au ministère de l’Agriculture, et Gilles Pérole, adjoint au maire de Mouans-Sartoux en charge du projet alimentaire communal et président du réseau des Fermes publiques. Sarah Martin, cheffe du service Agriculture, Forêt, Alimentation à l’ADEME, a apporté son regard de grand témoin à l’issue de chaque séquence, et des temps d’échange avec la salle ont complété le programme

Les échanges ont d’abord mis en évidence le caractère profondément transversal de l’alimentation durable. Elle se situe au croisement des enjeux environnementaux, sanitaires et sociaux. Les systèmes alimentaires contribuent aux émissions de gaz à effet de serre, à la pression sur l’eau, à l’érosion de la biodiversité et au dépassement de plusieurs limites planétaires. Dans le même temps, le changement climatique fragilise les productions agricoles et peut accentuer les difficultés d’accès à l’alimentation pour les ménages les plus modestes. Une alimentation durable ne peut donc être pensée indépendamment de la question du pouvoir d’achat.

Plusieurs interventions ont souligné les limites d’une approche reposant uniquement sur les choix individuels. Les consommateurs évoluent dans des environnements alimentaires qui déterminent largement l’offre disponible, les prix, l’information et les pratiques de consommation. Les écarts sociaux sont importants et les personnes en situation de précarité doivent souvent arbitrer entre différents besoins essentiels. Les témoignages recueillis par le réseau VRAC montrent également que les habitants des quartiers populaires expriment des attentes fortes en matière de santé, de qualité et d’environnement, mais qu’ils peuvent être confrontés à une offre insuffisante, à des prix élevés et à une forte charge mentale liée aux achats.
L’enjeu est donc de rendre les pratiques durables plus accessibles et plus faciles. Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment l’action sur les prix, l’information des consommateurs, la composition des produits et la régulation du marketing alimentaire. La généralisation du Nutri-Score, la mise à disposition de produits sains à prix abordables ou encore l’évolution des recettes des produits transformés ont été citées comme des leviers possibles. Les acteurs de la chaîne alimentaire ont toutefois rappelé que la transition suppose une mobilisation conjointe des producteurs, industriels, distributeurs et pouvoirs publics.
Les initiatives territoriales ont illustré concrètement cette approche. À Mouans-Sartoux, le passage à 100 % de bio dans les cantines scolaires s’est accompagné d’une régie agricole municipale et d’une réduction importante du gaspillage, permettant de maîtriser le coût des repas. En Savoie, l’expérimentation d’une sécurité sociale alimentaire repose sur une aide différenciée selon les ressources et sur l’utilisation d’une monnaie locale. Les premiers retours font état d’évolutions des pratiques alimentaires et d’effets sur le développement de productions maraîchères locales.

Les participants ont insisté sur l’absence de modèle unique pour construire une sécurité sociale de l’alimentation et sur la nécessité d’associer collectivités, associations, acteurs économiques et habitants. Les projets alimentaires territoriaux pourraient ainsi devenir des espaces de coopération et de co-construction plus puissants, notamment en intégrant davantage les personnes en situation de précarité.

Enfin, les échanges ont fait ressortir une idée commune à l’ensemble des expériences présentées : la transition alimentaire gagne à être construite avec les habitants plutôt que pour eux. Participation, pouvoir d’agir, éducation à l’alimentation, soutien aux collectifs et coopération entre acteurs apparaissent comme des conditions importantes pour inscrire durablement ces changements dans les territoires.