Alors que se dessine l’agenda mondial du développement durable pour l’après-2030, la création d’un 18ᵉ ODD consacré à la culture fait débat. Dans leur étude publiée en 2026, Bayan F. El Faouri et Magda Sibley respectivement de l’Université de Zarqa et de Cardiff, interrogent les limites du cadre actuel et explorent les conditions d’une meilleure reconnaissance de la culture dans les politiques de développement durable.
Alors que de l’Agenda 2030 approche, la question de son évolution se pose : faut-il ajouter un 18e objectif de développement durable (ODD) consacré à la culture ? Dans leur article publié cette année dans la revue Sustainability, Bayan F. El Faouri et Magda Sibley examinent cette proposition et ses conséquences pour les politiques publiques. Leur conclusion invite à dépasser une opposition simple entre reconnaissance de la culture et création d’un nouvel objectif.
La culture ne se limite ni aux arts ni à la préservation des monuments. Elle englobe les langues, les traditions, les savoirs locaux, les modes de vie et les valeurs qui structurent les sociétés. Elle influence l’éducation, l’égalité, l’économie, la cohésion sociale et les relations avec l’environnement. Elle constitue donc une dimension transversale du développement durable.
Pourtant, sa place dans les 17 ODD reste limitée. L’objectif 11, consacré aux villes et aux communautés durables, mentionne notamment la protection du patrimoine culturel et naturel. Mais cet ancrage ne rend pas suffisamment compte de la diversité des expressions culturelles, des savoirs autochtones, de la transmission des traditions ou de la participation à la vie culturelle.
Pour étayer leur analyse, les autrices étudient les politiques et les rapports de mise en œuvre des ODD, notamment 120 examens nationaux volontaires présentés aux Nations unies. Leur démarche associe analyse qualitative et quantitative afin d’observer la manière dont les États intègrent la culture dans leurs bilans.
Leurs résultats mettent en évidence trois difficultés : une visibilité insuffisante de la culture, une approche souvent limitée à quelques thèmes et des différences importantes entre les régions du monde. L’enjeu ne serait donc pas tant de démontrer l’importance de la culture que de comprendre pourquoi cette importance se traduit si peu dans les politiques et les indicateurs de suivi.
Créer un objectif spécifique consacré à la culture pourrait renforcer sa visibilité politique, favoriser les financements et améliorer le suivi des engagements. Mais l’étude souligne un risque, celui qui consisterait à isoler la culture dans un objectif distinct et qui pourrait donc accentuer le cloisonnement des politiques publiques.
Or, le développement durable repose sur l’interdépendance de ses dimensions économiques, sociales et environnementales. La culture participe à chacune d’elles et ne peut être efficacement traitée comme un secteur séparé.
Les autrices privilégient donc une autre voie, celle d’intégrer plus systématiquement la culture dans les objectifs existants, en renforçant les cibles, les indicateurs et la coordination entre les acteurs. L’éducation, l’égalité entre les femmes et les hommes, les villes durables ou encore la lutte contre le changement climatique pourraient ainsi mieux prendre en compte les réalités culturelles.
L’intérêt majeur de cette étude est de déplacer le débat. La question n’est plus seulement de savoir s’il faut un 18e ODD, mais comment donner à la culture une place effective dans les politiques de développement durable.
À l’approche de l’agenda post-2030, cette réflexion invite à rechercher un équilibre entre visibilité politique, cohérence globale et capacité de mesure. La culture ne doit plus être considérée comme un complément facultatif du développement durable, mais comme une composante essentielle de sa réussite.
Partager la page