Face aux risques climatiques, l’expérience comme outil de prévention

En tirant des enseignements des événements extrêmes, la démarche RETEX contribue à construire des territoires plus sûrs et mieux préparés aux effets du changement climatique. Une démarche collective qui rapproche recherche scientifique et action territoriale.

Financée par la Fondation Université Gustave Eiffel grâce à une subvention du ministère chargé de la Transition écologique (Commissariat général au développement durable), l’étude RETEX intitulée « Résilience des villes face aux événements extrêmes dus au changement climatique » a été réalisée par la post-doctorante Sagnika Chakraborty, sous la responsabilité de Nour-Eddin El Faouzi et d’Angelo Furno. Son objectif consiste, en analysant plusieurs catastrophes récentes survenues dans le monde, à transformer l’expérience des crises en enseignements concrets pour réduire les impacts futurs et construire des territoires plus résilients.

Le terme RETEX, pour « retour d’expérience », désigne une démarche qui consiste à analyser un événement pour comprendre son déroulement, ses conséquences et les réponses qui lui ont été apportées. Le rapport étudie notamment les inondations en Allemagne et en Belgique en 2021, en Australie en 2022 et en Émilie-Romagne en 2023, ainsi que des vagues de chaleur, des épisodes de froid extrême et une sécheresse.

Chaque étude de cas examine les effets des catastrophes sur les populations, les infrastructures et l’environnement, puis les mesures d’alerte, de secours et de rétablissement. À partir de rapports institutionnels, d’articles scientifiques et de presse ou d’entretiens, le travail identifie les réponses efficaces et les lacunes qui ont aggravé les conséquences des événements.

L’intérêt de la démarche est de dépasser le bilan après la crise. En comparant des situations différentes, elle permet de faire circuler les connaissances et d’améliorer les décisions avant qu’une nouvelle catastrophe ne survienne.

Un constat traverse les cas étudiés. Le manque de préparation et la fragilité des infrastructures peuvent alourdir considérablement les bilans humains et économiques. Lors des inondations en Allemagne et en Belgique, les routes, les ponts et les réseaux de communication endommagés ont compliqué les secours. Au Canada, la vague de chaleur de 2021 a mis sous pression le réseau électrique et souligné les difficultés rencontrées par les personnes les plus vulnérables.

Le rapport préconise notamment des systèmes d’alerte plus efficaces, une meilleure coordination des services, des infrastructures adaptées et une préparation accrue des populations. Il souligne aussi l’intérêt de solutions fondées sur la nature, comme la préservation des zones humides pour limiter les inondations ou le développement des espaces verts pour atténuer la chaleur en ville.

Ces pistes illustrent une idée centrale de l’Agenda 2030. La transition vers un développement durable ne consiste pas seulement à réduire les pressions sur l’environnement. Elle suppose également de protéger les populations, de réduire les inégalités face aux risques et de faire coopérer les acteurs publics, scientifiques et locaux. Une catastrophe ne touche pas tout le monde de la même manière. Les personnes disposant de moins de ressources, d’un logement adapté ou d’un accès fiable aux services essentiels sont souvent les plus exposées.

En ce sens, le RETEX donne une traduction concrète à cette ambition collective. Apprendre des crises, partager les enseignements et les convertir en décisions durables permet de mieux articuler prévention, justice sociale et adaptation climatique. La résilience ne se construit donc pas uniquement dans l’urgence, mais dans la préparation, la coopération et la capacité à faire évoluer les pratiques. Autant de conditions pour que les territoires de demain soient mieux armés face aux changements climatiques, sans laisser les plus vulnérables à l’écart.

Partager la page