Comment construire un système alimentaire moins émetteur de gaz à effet de serre, capable de résister aux crises et de garantir à tous une alimentation de qualité ? Avec son projet « Manger en 2050 », le Shift Project souhaite identifier les transformations nécessaires, en prenant en compte les contraintes environnementales, économiques et sociales qui pèsent sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.
L’alimentation se trouve au croisement de plusieurs enjeux de développement durable. Elle contribue aux émissions de gaz à effet de serre, dépend de ressources naturelles fragilisées et reste exposée aux conséquences du changement climatique. Sécheresses, tensions sur l’eau, dégradation des sols et recul de la biodiversité peuvent affecter les productions et fragiliser les approvisionnements. À ces risques s’ajoutent les dépendances énergétiques et le recours à des intrants importés, qui posent la question de la souveraineté alimentaire.
Lancé en février 2026, le projet « Manger en 2050 » s’inscrit dans la continuité des travaux du Shift Project sur l’agriculture. Il élargit la réflexion aux étapes qui suivent la production agricole, de la transformation des aliments à leur distribution, en passant par la restauration et les évolutions des régimes alimentaires.
L’objectif est d’identifier les vulnérabilités du système agroalimentaire français, d’en mesurer les conséquences économiques et sociales et d’explorer plusieurs trajectoires de transformation. Il s’agit de réduire les émissions tout en renforçant la capacité du secteur à faire face aux crises et à maintenir une activité économiquement viable.
La transformation alimentaire ne peut reposer sur un seul levier. La réduction de l’empreinte carbone doit s’articuler avec la préservation des ressources naturelles, la santé, l’accès à une alimentation de qualité et la pérennité des activités économiques. La répartition de la valeur entre agriculteurs, industriels, distributeurs et restaurateurs constitue également un enjeu important, tout comme l’évolution des métiers et des compétences.
Ces objectifs peuvent parfois entrer en tension. Des changements dans les approvisionnements ou les procédés de transformation peuvent nécessiter des investissements et modifier les coûts. Une évolution de l’offre alimentaire doit aussi tenir compte du pouvoir d’achat et des habitudes de consommation. La transition suppose donc d’identifier des solutions compatibles avec les contraintes des différents acteurs, sans déplacer les difficultés d’un maillon de la chaîne à un autre.
Pour y parvenir, le Shift Project prévoit d’associer les professionnels du secteur, des experts et des chercheurs à ses travaux. Cette démarche doit permettre de confronter les analyses aux réalités économiques et de construire des recommandations opérationnelles.
Le projet prévoit dans un 1er temps une publication intermédiaire, accompagnée d’ateliers de concertation, puis un rapport final au premier trimestre 2027. Ces travaux doivent contribuer à définir les conditions d’une alimentation accessible, moins carbonée et moins dépendante des ressources vulnérables.
L’enjeu rejoint plusieurs Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030, notamment la lutte contre le changement climatique, la consommation et la production responsables, la santé et la sécurité alimentaire. Il invite aussi à rapprocher les politiques agricoles, industrielles, alimentaires et environnementales.
Penser l’alimentation en 2050 revient ainsi à anticiper les transformations nécessaires dès aujourd’hui. Au-delà des choix individuels, la capacité à faire évoluer les filières, les investissements et les politiques publiques sera déterminante pour construire un système alimentaire à la fois durable, accessible et résilient.
Pour aller plus loin…
- The Shift Project
- Manger en 2050 : vers un système alimentaire robuste, bas carbone et souverain
- Rapport intermédiaire
- Rediffusion de la présentation du rapport intermédiaire
- Supports de présentation projetés lors du webinaire
- Le Plan de transformation de l’économie française (2022)
- Rapport “Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère” (2024)
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