Réduire la dépendance aux énergies fossiles est une nécessité climatique. Mais pour les territoires dont l’économie repose essentiellement sur le charbon ou le pétrole, cette transition peut aussi signifier des emplois perdus et des communautés fragilisées. Comment concilier urgence environnementale et justice sociale ? Des villes ont commencé à répondre.
Logo du Conseil international pour les initiatives environnementales
Abandonner les énergies fossiles est un enjeu mondial. Mais c’est souvent à l’échelle locale que les décisions concrètes se prennent et que leurs conséquences se font sentir directement sur les habitants. C’est précisément le terrain de travail de l’ICLEI. Fondé en 1990 sous le nom de Conseil international pour les initiatives environnementales locales, l’ICLEI est aujourd’hui le principal réseau mondial de collectivités locales et régionales engagées en faveur du développement durable. Il regroupe plus de 2 500 gouvernements locaux et régionaux dans plus de 125 pays, et œuvre à influencer les politiques de durabilité tout en favorisant l’action locale vers un développement zéro émission, équitable et résilient C’est depuis cette position d’observateur privilégié que l’organisation tire un constat clair : les villes ont plus de leviers qu’on ne le croit.
Les communes n’ont certes pas toujours la main sur la production d’énergie nationale, qui reste une compétence d’État. Mais elles peuvent agir sur la demande énergétique : transformer le parc immobilier, électrifier les flottes de véhicules, développer les énergies renouvelables locales, et améliorer l’efficacité énergétique globale. Elles disposent pour cela de plusieurs outils : marchés publics durables, permis d’urbanisme, gestion de leurs propres actifs, ou encore soutien financier et technique aux habitants et aux entreprises. Deux exemples illustrent bien la diversité des situations auxquelles les villes font face.
Turku, en Finlande, a fixé un objectif de neutralité carbone pour 2029 en remplaçant activement les infrastructures fossiles par des énergies renouvelables : modernisation du réseau de chaleur urbain, électrification des usages, récupération de chaleur fatale. La ville a misé sur une transformation technique planifiée, sans recours aux compensations carbone. À l’opposé, Muğla, en Turquie, dont l’économie locale dépend fortement du charbon, associe sa sortie progressive de cette énergie à des projets renouvelables locaux, une révision de l’aménagement du territoire et un programme de reconversion professionnelle pour les travailleurs concernés. Ce second cas rappelle qu’une transition purement technique est insuffisante lorsque des emplois et des modes de vie entiers sont en jeu.
C’est précisément ce que recouvre la notion de « transition juste » : une évolution qui tient compte des impacts sociaux autant qu’environnementaux. Dans cette optique, les collectivités peuvent soutenir des programmes d’énergie renouvelable portés par les habitants eux-mêmes, y compris les groupes les plus vulnérables, en leur permettant de co-concevoir et de co-posséder des installations solaires sur des bâtiments publics, par exemple. L’enjeu est de faire de la transition une opportunité partagée, et non une contrainte subie par les plus fragiles.
Ce mouvement de fond trouve un écho à l’échelle internationale. La première Conférence sur la transition juste, prévue fin avril 2026 à Santa Marta (Colombie) et co-organisée par les gouvernements colombien et néerlandais, vise à aligner les acteurs engagés autour de feuilles de route concrètes.
L’ICLEI y contribue activement, en organisant des consultations préparatoires avec les gouvernements locaux pour faire remonter leurs expériences vers les négociations globales. Car si les forums internationaux créent de l’élan et ouvrent des portes, l’ICLEI part du principe que l’action locale est le véritable moteur du changement global, et que le leadership des collectivités peut faire une réelle différence face aux défis environnementaux, économiques et sociaux. Turku et Muğla en sont, chacune à leur manière, la démonstration.
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