Le thème de cette édition 2021 du FPHN sera : « Une reprise durable et résiliente après la pandémie de COVID-19 qui promeut les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable : construire une voie inclusive et efficace pour l’atteinte de l’Agenda 2030 dans le contexte de la décennie d’action et la réalisation du développement durable »

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Les sessions officielles


Session : les ODD 1, 2, 8, 17 et les liens entre ces objectifs et avec d’autres - Comment pouvons-nous nous mettre sur la bonne voie pour mettre fin à la pauvreté et à la faim, et nous transformer vers des économies inclusives et durables ?

Compte-rendu :

Après une intervention vidéo d’UNICEF, témoignant des impacts particuliers de la crise environnementale sur les enfants et leurs attentes, la modératrice Jennifer Moris a introduit le thème en affirmant que l’humanité fait face à une situation critique et que malgré certains signes d’espoir, elle n’a pas encore réussi à relever le défi.

Insistant sur la nécessité d’assumer une réelle transition, les intervenants de la première table ronde ont parlé de l’importance des investissements verts dans la relance après la pandémie, mais aussi du respect des Accords de Paris : il faut maintenir des objectifs ambitieux, notamment pour la COP26. La transition passe aussi par le secteur privé, qui réclame plus de partage des initiatives positives, pour répandre les bonnes pratiques. L’éducation des consommateurs et l’accompagnement des producteurs locaux est indispensable pour le développement de communautés résilientes et responsables. Plusieurs participants ont réagi en faisant part de leurs avancées à l’échelle nationale et régionale. L’Argentine mentionne la préparation d’un plan national ambitieux pour réduire les émissions, la Suède a rappelé le 50ème anniversaire en 2022 de la première conférence de l’ONU sur l’environnement humain, et l’événement Stockholm +50 à cette occasion, l’Union européenne a félicité le succès diplomatique de l’Alliance Globale sur l’Economie Circulaire qui réunit plus de 40 membres. Un appel au courage, à la poursuite du multilatéralisme malgré le contexte et à une gouvernance plus juste et ambitieuse s’est fait entendre.

La seconde table ronde a porté sur les interfaces entre science politique et solutions locales qui ont incidence positive sur la vie des gens. Pour la CEE, le rôle des Nations unies est de coordonner les secteurs publics et privés au-delà des frontières nationales. Les intervenants se sont accordés sur l’importance de cibler les secteurs clés (extraction, énergie) et de mener une action plus juste, plus efficace, basée sur les pouvoirs locaux, et intégrant chaque aspect, comme les océans, a rappelé le Portugal. Plusieurs intervenants ont rappelé leurs engagements, comme le Maroc et la Chine, qui mentionne des objectifs ambitieux et une coopération avec les pays en développement. La représentante de l’Asie Pacifique a fait part de son inquiétude et a lancé un appel pour stopper les subventions aux énergies fossiles. Un appui peut être fourni aux pays producteurs en particulier au sud, propose la représentante, ainsi qu’un soutien aux économies locales.

Son Excellence Pascale Baeriswyl, vice-présidente d’ECOSOC, a conclu en se réjouissant de ce débat riche en idée et en affirmant qu’il est désormais temps d’agir, ensemble, comme une communauté globale.


Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Clara Beauvoir

La pauvreté, le chômage, les inégalités et la faim à l’échelle mondiale ayant été aggravés par la pandémie de la COVID-19, les panélistes présentent leurs solutions pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) 1, 2, 8, et 17. En effet, environ 132 millions de personnes supplémentaires ont souffert de la faim en 2020 à cause du virus, et jusqu’à 163 millions de personnessupplémentaires pourraient sombrer dans l’extrême pauvreté d’ici 2021 (selon le rapport « SOFI 2020 » sur la sécurité alimentaire et la nutrition). Il est donc urgent d’agir : 5 ans après le début de l’Agenda 2030, les avancées pour atteindre les ODD sont trop maigres, et la méfiance des États du sud s’intensifie vis-à-vis des engagements pris par ceux du nord.

Les mesures de protection sociale, mises en place par la France lors de la pandémie, l’ont amené à demander l’élaboration d’un système de protection social inclusif égalitaire à l’échelle internationale. Cette volonté s’inscrit parfaitement dans une demande générale du panel de créer un Fonds de Protection Mondial. Cet investissement permettrait l’accès à des conditions décentes de vie, et la lutte contre l’extrême pauvreté.

Le programme Horizon 2030 de l’Union européenne jouera un rôle essentiel dans sa relance inclusive et verte plaçant les ODD au cœur de ses politiques intérieures et extérieures. Elle présente également son plan d’actions pour les droits sociaux et sa réforme de la Politique agricole commune selon une stratégie d’alimentation locale réduisant l’empreinte écologique.

À la demande de plusieurs États tels que la France et la Finlande, le Programme alimentaire mondial(PAM) a déjà commencé à réunir une coalition de parties prenantes pour aider les gouvernements à rétablir et à renforcer l’accès à l’alimentation scolaire pour les enfants les plus vulnérables. Un appel a été fait aux États souhaitant se joindre à la coalition visant à trouver des sources de financement durables et innovantes.

L’interdépendance entre les ODD est régulièrement rappelée, de même que le rôle levier de l’ODD8 : un cadre de dialogue social inclusif avec tous les partenaires sociaux doit être établi pour atteindre l’ensemble des objectifs. Il est également proposé de repenser notre modèle socio-économique international pour aller vers un système plus inclusif capable de transformer les emplois informels en emplois formels. Nous devons parvenir à un système permettant des revenus décents pour être plus résilients face aux crises.

Une véritable révolution doit s’enclencher. A l’approche du Sommet sur les systèmes alimentaires (septembre 2021), il est urgent de repenser notre système alimentaire mondial, et de se pencher sur les possibilités d’un système de santé international, tout en accordant une attention particulière aux zones rurales et aux individus les plus vulnérables (femmes, enfants, minorités). Pour cela, nous devons associer le secteur privé aux actions en initiant une transition inclusive par tous et pour tous.


Session : Regard sur les cibles 2020 : mise en œuvre et révision

Compte-rendu :

Juan Sandoval Mendiolea du Mexique et Vice-Président de l’ECOSOC a présidé cette session et rappelé qu’aucune des 21 cibles fixées pour 2020 n’ont été atteintes. Elles portaient essentiellement sur la biodiversité, les produits chimiques, et les déchets. Certaines cibles, notamment sur la biodiversité, sont en train d’être révisées et pourront être encore plus ambitieuses grâce aux processus intergouvernementaux et aux prochains sommets internationaux.

La cible portant sur la sécurité routière a également été discutée. De nombreuses interventions ont rappelé que 2020 ne signifie pas la fin mais rappelle qu’il est nécessaire d’avoir un système de suivi efficace pour la réalisation des cibles. La pandémie a joué un rôle important dans la réalisation mais ce n’est pas le seul facteur à prendre en compte. La question de la pénurie de données a également été mentionnée.

Un débat a eu lieu entre les participants sur la nécessité ou non de revoir les cibles, une majorité s’est montré en faveur d’un changement, d’une forme d’adaptation mais pas d’une renégociation, pour maintenir l’équilibre trouvé lors de l’adoption de l’Agenda 2030. Le besoin d’un travail collectif, consensuel et collaboratif est ressorti des discussions.

En conclusion, 2020 était un jalon, il existe de nombreuses manières d’accélérer la réalisation des cibles durant la décennie d’action, à travers un suivi et une redevabilité, pour accélérer la réalisation des ODD et de l’ensemble des cibles d’ici 2030.

Pour aller plus loin : Revoir l’ensemble de la session

Session : les ODD 12, 13, 17 et les liens entre ces objectifs et avec d’autres - Comment réorganisons-nous et transformons-nous la consommation et la production, et atténuons-nous le changement climatique ?

Compte-rendu :

Portant la voix des enfants autour du monde, l’Unicef a montré dans une vidéo les impacts de la crise environnementale dans la vie quotidienne des enfants. La modératrice, Jennifer Moris, a ensuite rappelé que l’histoire montre que l’humanité fait face à une situation critique et n’a pas réussi pour le moment à relever le défi. Mais certains signes d’espoir existent : plus de 86 pays et l’Union européenne ont pris des engagements et le G7 reconnait la nécessité d’une relance verte après la pandémie. L’agenda international de cette année est très chargé, notamment avec le Sommet Mondial de l’Alimentation. La table ronde a ensuite été ouverte, donnant l’occasion à Bruno Oberle, directeur général de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), d’insister sur le rôle essentiel de l’agriculture et des forêts. Les pratiques doivent changer pour adopter des solutions écosystémiques et lutter contre la biodiversité. Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a parlé de la relation symbiotique et dynamique entre les ODD et le changement climatique. Elle insiste également sur le fait que les Accords de Paris doivent passer de l’adoption à une implémentation complète, et que le succès à Glasgow pour la COP26 est crucial. La définition du multilatéralisme est que toutes les nations doivent agir ensemble, malgré leurs différences de situation. Nikhil Hardaramani, directeur du programme des Nations Unies, 4ème Génération – Business Community parle au nom du secteur privé et demande le développement de plateforme pour partager les expériences. Il insiste également sur le rôle majeur des données. Enfin, Louise Mabulo, entrepreneur et activiste a souligné la nécessité d’une consommation durable. Elle a donné l’exemple des Philippines ou les manières de produire doivent changer, notamment dans l’agriculture. Il s’agit de reproduire les modèles à travers différentes communautés et s’assurer que personne n’est laissé de côté.

Les intervenants des délégations ont évoqué le besoin de limiter les émissions de GES, ont présenté les plans et stratégies nationaux mis en place. La Suède a également rappelé le 50ème anniversaire en 2022 de la première conférence de l’ONU sur l’environnement humain : le programme Stockholm + 50 souhaite accélérer l’implémentation de solutions. Les sujets de la transition juste, des solutions basées sur la nature, de l’économie circulaire, de la place des jeunes tout comme celle des femmes, et du rôle des collectivités locales ont été discutés. L’importance de l’engagement des communautés au niveau local a été rappelé. Les réflexions sur la consommation et la production durable sont à un tournant. Il est important de conjuguer les efforts, malgré les difficultés, et la société civile et les gouvernements doivent contribuer au développement d’économies plus vertes sur le long terme. En conclusion, un appel à l’action a été lancé.

Le Commissaire général au Développement durable, Thomas Lesueur, a rappelé lors de cette session l’engagement de la France sur l’Agenda 2030 et rappelé qu’elle accueillera en septembre la Conférence Mondiale pour la Nature. Il a également expliqué l’importance de la Convention Citoyenne pour le Climat, une initiative de participation citoyenne inédite portée par la France, qui a inclus tous les aspects de la vie quotidienne dans un esprit de justice social, y compris sur les aspects de consommation et de production durable.


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Les évènements parallèles :


L’agroécologie comme solution fondée sur la nature – combiner la sécurité alimentaire avec les bénéfices pour la biodiversité, la santé et le climat, organisé par l’IUCN et la Wildlife Conservation Society, coparrainé par la France.

Compte-rendu :
En introduction, David O Connor, le modérateur, et Ludovic Labordière, analyste politique qui a travaillé de Cancùn à Paris, ont présenté les enjeux de l’agroécologie et son contexte actuel. L’écologie est une solution basée sur la nature. Nous connaissons tous l’immense challenge qui nous attend. Jusqu’ici, nous avons globalement échoué, les tendances sont très alarmantes, incompatibles avec les Accords de Paris. L’insécurité alimentaire par exemple augmente et nous affrontons une des plus graves pandémies. Dans ce contexte, l’agriculture est à la fois responsable et victime : elle doit donc changer et mettre en contact les fermiers et les consommateurs à travers le monde, afin de convaincre les responsables politiques de la valeur de cette transition. Il s’agit également de surmonter le traditionnel conflit entre fermiers et les grands groupes agroalimentaires. En 2016 puis en 2020, l’IUCN a développé ces solutions basées sur la nature et a publié des standards globaux, bénéficiant d’une reconnaissance universelle et d’un benchmark global. Il s’agit de restaurer ou modifier les écosystèmes, dans le bénéfice de la biodiversité et de l’humanité. Plusieurs questions se posent alors : qu’est-ce que l’agroécologie ? ces approches sont-elles déjà mises en place ? Quelles sont les barrières à surmonter dans la mise en place de ces solutions ? Comment l’agroécologie peut-elle être une solution contre l’insécurité alimentaire et la perte de biodiversité ?

Dr. Eric Malezieux a indiqué qu’une transformation profonde est requise, mais les situations sont loin d’être égales entre les pays et les régions. De plus, les systèmes conventionnels ont atteint leurs limites : perte de biodiversité, pollution par les nitrates et pesticides, impacts sur la santé humaine, autant d’appels pour un nouveau système. Des solutions nouvelles, basées sur la nature, ont été faites, et parmi elles l’agroécologie qui est un mouvement majeur, né d’un mouvement politique en Amérique latine, ainsi que d’une discipline scientifique. De nouvelles formes d’agricultures alternatives ont émergé : bio, permaculture, agriculture régénérative. Cette transition représente un débat très intense, notamment au niveau européen (par exemple en 2019, lorsqu’un panel d’experts convoqués par la Commission a trouvé 13 principes de base à suivre), ou au niveau international (par exemple avec le prochain sommet sur l’alimentation). Ces solutions sont basées sur l’idée de biodiversité, d’utiliser dans détruire. Le principe clé est de réintroduire la biodiversité dans le système par une stratégie pour produire plus avec moins d’apports. Pourtant on se pose la question de savoir si ces solutions sont effectives dans l’agriculture. Les effets sont positifs mais variables, comme le montre l’étude prochainement publié des chercheurs Beillouin, Ben Ari, Malézieux, Seufert, Makowski (Global Change Biology). Il s’agit également de produire une meilleure nutrition : comment produire sans pesticide ? Comment promouvoir un cacao durable ? Et même comment opérer la transition de l’agroécologie ? Aucune solution unique n’existe car les pays et les régions ne partent pas du même point, il faut en prendre compte et intégrer les écosystèmes locaux et les contextes socio-économiques. Cela mène à des analyses complexes et un besoin de connaissances. Il faut également prendre en compte le contexte politique qui peut être orienté vers le consommateur, ou vers les offrants sur le marché, d’une manière incitative ou non, collaborative.

Le docteur Rebecca Nelson a commencé son intervention par remercier chaleureusement la France pour ses recherches, son action, son intérêt pour le sujet et l’organisation de cet événement. Elle a ensuite fait part de son parcours. L’« Integrate Post Management programm » a pour but de travailler avec les fermiers pour comprendre leurs problèmes. Le principe et d’identifier et de résoudre des problèmes locaux et spécifiques, de travailler ensemble pour parvenir à transformer les pratiques. Il y a une grande diversité et une grande sagesse parmi les fermiers, et c’est pour cette richesse que les chercheurs doivent travailler avec eux. Elle a évoqué la question de l’approche intégrée et des défis de l’économie circulaire. Stephen Wood a retracé l’histoire de la Nature Conservancy, une grande ONG environnementale, principalement basée aux États Unis (est né en 1950 à New York).

Quelles sont les obstacles à surmonter ? Kenserey Rotha est alors intervenu : Au Cambodge, nous détenons le plus haut taux de déforestation au monde. Cela est dû aux petits producteurs confrontés à une productivité exigeante, un marché instable : pour les producteurs, l’aspect financier était le seul enjeu. Mais la perte de biodiversité et le changement climatique ont changé les points de vie. IBS Rice est une organisation qui s’associe à des producteurs respectueux de l’environnement, vivant à la frontière avec la forêt. Elle travaille avec des communautés qui habitent dans ces zones protégées, les plaines du nord. Jusqu’ici, elle a eu un effet sur plus de 1550 producteurs, avec une politique de zéro pesticide, avec un bénéfice pour les sols, la productivité et les producteurs. Dans ces endroits, on se concentre sur les résultats pour les producteurs en échange d’une conservation de l’écosystème. L’agroécologie est importante et il est nécessaire d’aller plus loin.

Finalement, Dr. Allison Marie Loconto a pris la parole pour se prononcer sur les contraintes spécifiques à l’agroécologie. Elle a remercié la France et l’IUCN pour l’organisation de cet évènement puis a commencé à définir de deux manière l’agroécologie. D’un côté, il y a le contexte sociotechnique : les normes, les comportements, les connaissances, un matériel à la fois tangible (les infrastructures par exemple), et intangible (les coutumes). De l’autre, une conscience de plus en plus partagée et un secteur de recherche qui s’étend. Par exemple, les recherches précises sur le bon équilibre entre les graines, les apports, les pratiques alternatives. La question des marchés informels est importante : l’importation par des chaines informelles de produits non-conformes aux régulations en vigueur est un moyen simple d’avoir un impact très néfaste sur l’environnement. Enfin le rôle du consommateur est essentiel : il y a un mouvement mais très limité. La majorité des consommateurs aujourd’hui pensent encore que ce qu’ils achètent provient de l’agriculture traditionnelle. Cette vision est très éloignée de la réalité des systèmes actuels. D’où l’importance des investissements publics, mais qui peuvent avoir des effets pervers comme en France avec la campagne sur les produits phytosanitaires qui a eu comme effet non pas de diminuer mais d’augmenter leur utilisation. Il faut donc mener différemment la recherche et le partenariat entre le ministère de l’Éducation et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation est sur ce point prometteur, avec un fond commun pour un paradigme alternatif. Les consommateurs ont des habitudes et sont loyaux à certaines marques, mais ils peuvent changer de style de vie. C’est un changement sociotechnique : certains consommateurs sont responsables, engagés, reconnaissent les labels, mais pas assez. Nous avons les produits spécifiques qui peuvent changer cette organisation. Il y a deux moyens pour sortir de cette chaine de valeur bloquée : raccourcir la chaine, communiquer plus directement, diversifier les producteurs et les produits ; faire en sorte que le consommateur soit plus engagé, et non pas passif. Qu’il visite les fermes, qu’il soit réellement engagé dans ces nouveaux types de marchés. Et enfin, la communication transparente entre les intermédiaires est indispensable, notamment par la technologie digitale (les applications qui permettent des feedbacks, contiennent des informations sur le statut, l’empreinte du produit). Il faut une diversité de nourriture mais également de pratiques marketing.


Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Clara Beauvoir

La perte de la biodiversité avec la 6ème extinction de masse de notre planète, le changement climatique, et l’accroissement des zoonoses (maladies animales, microbiennes ou parasitaires, qui se transmettent de l’animal à l’homme), constituent trois crises majeures révélant le rôle essentiel de l’agroécologie. Ce panel d’experts scientifiques sur les pratiques agroécologiques souligne le besoin d’agir avec la nature, et non contre elle.

Il n’y a pas nécessairement de conflit entre l’agriculture et l’écologie. Il est possible de trouver une solution basée sur la nature (« Nature-Based Solution », NBS). C’est pourquoi l’UICN définit une norme mondiale de standards NBS. Elle permet d’évaluer les risques d’endommagement de la biodiversité. À cet outil, s’ajoute la Convention sur la diversité biologique, instrument international clé pour le développement durable. Elle reprend la nécessité de s’orienter vers des pratiques agroécologiques et d’agriculture durable. Il est donc possible de concilier la sécurité alimentaire, la protection de la biodiversité et la lutte contre les zoonoses à travers des pratiques, en harmonie avec la nature.

Il s’agit aujourd’hui de répondre au besoin d’accroître notre productivité tout en ayant des pratiques inclusives durables à moyen et long terme. Alors que l’accroissement démographique fait débat, il est possible de transformer notre système alimentaire mondial. L’agroécologie n’est pas seulement un mouvement politique, c’est aussi une discipline scientifique qui nécessite des fonds et des outils pour développer ses recherches. Ainsi, plusieurs formes alternatives d’agroécologie ont émergé depuis les années 1980 (permaculture, agriculture régénératrice,agriculture de conservation etc.)

Suite à un atelier de travail initié conjointement par la France et le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale(GCRAI), un appel de chercheurs et de la société civile (Call for actions) a été lancé en 2019 avec des principes à suivre. Pour maximiser la restauration de l’environnement tout en accroissant la productivité, il est notamment important de diversifier les cultures et de travailler à plusieurs échelles (locale, nationale, régionale, internationale). L’agroécologie au Nicaragua, ou encore la culture d’un riz biologique et respectueux de la faune (IBIS) au Cambodge peuvent constituer des exemples d’actions.

L’agroécologie nécessite donc une action politique plus forte, concernant à la fois les consommateurs, le marché alimentaire, et les producteurs. C’est à travers une approche multi partenariale et des méthodes adaptées aux territoires et à leurs populations, que nous pourrons engager une véritable transition vers une agriculture harmonieuse avec la nature.


L’approche One Health pour la santé humaine, animale et environnementale et la prévention de la pollution, organisé par la Croatie avec la Corée, l’Australie, la Géorgie et la délégation de l’UE, coparrainé par la France

La France a co-parrainé un événement organisé par la Croatie avec la Corée, l’Australie, la Géorgie et la délégation de l’UE, mercredi 7 juillet, portant sur l’approche « Une seule santé : pour la santé humaine, animale et environnementale et la prévention de la pollution ». La France avait invité M. Benjamin Roche, directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) à y prendre part.

L’évènement était modéré Mme Vera Katalinić Janković, conseillère spéciale auprès du ministre de la Santé de Croatie pour la santé publique et l’approche « Une seule santé ». Keith Sumption, vétérinaire en chef de la FAO a fait le lien entre la santé et l’environnement à partir de l’exemple de la pollution de l’eau. La FAO travaille avec le PNUE pour développer un plan d’action mondial commun pour l’approche une seule santé. Veronica Manfredi, directrice générale de l’environnement au sein de la Commission europeénne a fait référence au Plan d’Action européen contre la pollution de l’air, de l’eau et du sol, adopté en décembre 2020, comme participant à l’esprit de l’approche « une seule santé » puisque les liens entre pollution et santé sont avérés. Elle aussi souligné l’importance des programmes mis en place au niveau local, avec l’exemple de l’accord Green Citie ou du European Bauhaus concept. Young Sunwoo, Professeur à l’Université Konkuk en Corée du Sud, a rappelé que la pollution de l’air ne connait pas de frontières et que la nécessité de l’approche One Health est claire, surtout pour s’attaquer au problème de la pollution.

Le Directeur de recherche à l’IRD, Benjamin Roche, s’est exprimé sur le besoin de concevoir des stratégies de prévention d’émergence des zoonoses avec un exemple de laboratoire international franco-mexicain avant de conclure sur la nécessité de promouvoir une approche réellement internationale au travers de l’initiative PREZODE. Maria Cristina Zucca, du PNUE, a axé son intervention sur la pollution, qui est l’une des trois crises planétaires aux côtés des changements climatiques et de la perte de biodiversité et qui affecte tous les aspects de notre vie. L’approche « une seule santé » peut s’attaquer à ces problèmes et le partage et l’intégration des données sont des facteurs clé pour le succès de la mise en œuvre de cette approche.

La discussion a ensuite porté sur la coopération entre toutes les parties prenantes et l’échange de bonnes pratiques avant que l’évènement ne soit conclu par M. Girogi Chakhunashvili de la Géorgie soulignant l’importance d’une implication adéquate des secteurs liés à l’humain, à l’animal et à l’environnement pour améliorer la coordination des réseaux « Une seule santé » aux niveaux local, régional et mondial et ainsi pour améliorer la gestion de la pollution, la planification urbaine, le verdissement des villes, etc.

Pour aller plus loin : Revoir la vidéo de l’événement

Protéger la santé publique des menaces liées au changement climatique, co-organisé par le Qatar, le Bangladesh, le Marco, le Kenya, le Chili, le Tadjikistan, la Fondation ONU, l’OMS et UNEP

Introduction : Concernant, tous les pays ne font pas face aux mêmes challenge. Mais il est également intéressant de discuter de l’intersectionnalité entre la santé humaine, celle de la nature, celle des animaux, et de prendre des mesures préventives. L’enjeu est également d’identifier de nouveaux points de collaboration entre les pays pour résoudre la crise environnementale et sanitaire.

Le premier intervenant était le ministre des Affaires étrangères, du changement climatique et du développement durable du Qatar, Bader Al Dafa. Il identifie d’abord de nombreuses fondations communes entre la protection de l’environnement et du climat. Il signifie les avancées de son pays, notamment en matière d’eau potable : le Qatar produit de l’eau potable pour 100% de ses habitants. Le développement durable est au centre de leur politique publique, poursuit-il en mentionnant l’existence d’un stade fonctionnant par énergie solaire. Les technologies bas-carbone se développent dans beaucoup d’industries, améliorant la qualité de l’air et la santé publique, sauvant ainsi de million de vies chaque année. La construction verte est également une fierté du Qatar, avec des hauts standards d’efficience, de respect environnemental, par exemple contre les températures extrêmes. Le pays porte une attention particulière aux territoires victimes de sécheresse, de rareté de l’eau, ce qui peut mener à des famines et des insécurités, comme l’a identifié l’ONU dans l’Agenda 2030. Enfin le Qatar, membre du Global Green Institut, mène une politique verte de grande ampleur notamment par les investisseurs privés et les dons publics.

Représentant le Bangladesh, Fatima Rabab a voulu insister sur les preuves croissantes du lien entre la crise climatique et les maladies de santé mentale. Son pays a mis en place un panel d’experts et ont hâte d’en voir les résultats. Elle énonce ensuite les priorités que le Bangladesh identifie comme absolument essentielles au niveau mondial : limiter la hausse des températures, améliorer la résistance aux virus (qui sont un grand risque comme l’a montré la crise du Covid19), prendre conscience de l’impact sur les personnes habitant les pays victimes de catastrophes liées au changement climatique, la prévention (efficace et moins couteuse) et enfin la nécessité de rendre nos communautés plus résilientes.

Le Représentant permanent du Maroc, Omar Hilale, a pu ensuite intervenir pour remercier le Qatar d’avoir choisi ce sujet, particulièrement pertinent après le Covid19, et d’avoir rendu cette session possible. Le changement climatique influence la santé climatique : il y a un lien fort entre les Hommes et la nature. Le Représentant a donné des chiffres significatifs : 12,9 millions de femmes travaillent dans le secteur informel des déchets et sont exposées à des maladies toxiques. Si l’Afrique est le moins responsable du changement climatique, elle est très vulnérable : l’impact n’est pas le même entre les communautés, et les plus vulnérables sont touchés. Le Maroc a lancé plusieurs programmes : pour une eau propre, des moyens d’hygiène plus développés, une alimentation bonne pour la santé. Il faut penser globalement et agir localement : la nature garantit la vie et nous la perdrons tous si nous ne parvenons pas à faire la paix avec la planète et à respecter ses limites.

Le Représentant permanent du Tadjikistan, Jonibek Hikmat s’est exprimé sur des chiffres inquiétants. Presque 90% des gens affectés par le changement climatique font face à des menaces sur leur santé. Les infrastructures détruites, les désastres liés à l’eau ont des conséquences socio-économiques graves. D’où l’importance des mesures préventives, qui coutent moins cher. Le Représentant insiste également sur l’accès à l’eau, déterminant pour l’hygiène et pour empêcher la propagation des maladies. Les efforts doivent être fondés sur les communautés pour qu’elles soient plus résilientes et il faut aider les victimes de ces désastres, dans le but de leur donner les moyens de devenir la clé de la solution.

Représentante permanente du Kenya, Madame Njambi Kinyungu souligne l’urgence d’un développement fondamental des mesures préventives, surtout en Afrique qui fait face à des grandes pertes socioéconomiques (3,5% de perte de croissance due au changement climatique). L’air pollué mène à des maladies respiratoires par exemple. La Représentante mentionne les succès du Kenya dans ce sens : des plans, stratégies et législation pour aligner le développement national, un programme contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en 2020 qui apporte des aides à plus de 200 000 producteurs locaux. Ce combat requiert des pays développés de réduire leurs émissions et des pays en développement de se développer en considération de ces enjeux. La vraie solution est d’être sûr que personne n’est laissé derrière, notamment concernant la pandémie : elle félicite en ce sens les programmes de l’ONU.

Pour la Directrice exécutive de l’UNEP, Inger Andersen, il y a une crise triple : la perte de biodiversité, la santé planétaire et la pollution. Les maladies vont aller plus loin et plus vite et nous détruisons la planète. Tant qu’on continue à polluer les sols, les eaux, on menace aussi notre capacité à traiter les infections, à utiliser les antibiotiques pour lutter contre les maladies. Nous devons agir sur le climat : prévenir vaut mieux que réagir. Il faut que toutes les nations tiennent leur engagement vis à vis des Accords de Paris. Trois points majeurs : par la recherche et des solutions basées sur la nature, nous devons aller plus loin pour protéger, restaurer. Contre le dérèglement, il faut aider les pays vulnérables. Enfin, les politiques alimentaires doivent suivre ce qui est bon pour les hommes et la nature. La pollution et la santé climatique est une part essentielle de la santé publique.

Le Dr Maria Neira, membre de l’OMS, a insufflé une note positive à cet évènement. Selon elle, nous devons rester alignés, et si nous poursuivons dans les positions que chacun vient d’énoncer, comment pourrions-nous ne pas réussir ? Au cœur de la pandémie, nous avons réalisé qu’éteindre le feu n’était pas suffisant, mais qu’il fallait comprendre pourquoi le feu s’est répandu si vite, pourquoi certaines personnes étaient plus touchées que d’autre. Nous avons pollué, utilisé des pratiques agricoles très toxiques et évidemment, la santé humaine, environnementale et animale n’est qu’une. Nous devons produire une nourriture plus durable, un système énergétique plus durable, arrêter de financer les énergies fossiles et transformer notre organisation urbaine. La Docteure a également insisté sur l’importance de parler positivement aux populations : les gens doivent comprendre que tout est lié, pour faire en sorte que la Cop27 soit conclusive et plus ambitieuse que jamais. Il y a un vaccin contre le changement climatique, c’est l’intelligence, et nous devons l’utiliser en novembre à Glasgow.

L’Ambassadrice, présidente et directrice générale de la Fondation des Nations Unies, Elizabeth Cousens a mis en évidence les parallèles entre le changement climatique et la santé : il faut écouter en amont les chercheurs qui avaient avertis du Covid19 comme du changement climatique des années avant. Des inégalités apparaissent dans les deux cas et il faut mettre l’égalité au cœur des réponses. Tout est interdépendant, on ne peut résoudre la crise sanitaire à un endroit sans la résoudre globalement et c’est pareil pour le climat. Elle cite des partenariats et politiques déjà efficaces : le programme Local 2030 Island Partners ou encore la politique anti-véhicule polluants en Californie, une politique locale plus proche des citoyens.

Le coordinateur de la présidence de la COP25 au ministère chilien de l’environnement, Andres Landerretche, a parlé d’un tournant fondamental dans la manière de penser la valeur de la nature. Après avoir soigné la santé des citoyens il faut soigner celle de l’économie, dans le respect de l’Accord de Paris et par des contributions encore plus ambitieuses. La pandémie est une occasion unique pour accélérer la transition. Comment faire pour que la COP soit un succès ? Le processus de décision est ralenti par les situations de chaque pays. On a réussi à intégrer l’océan dans l’agenda. La science de la santé doit être au centre et il faut communiquer très clairement sur ce qu’on veut accomplir et ne pas aller en dessous des attentes.

Gabriela Cuivas Barron a représenté le Mexique en affirmant que personne ne devrait avoir à faire face à des restrictions pour l’accès à la santé. Il n’y a pas d’économies fortes sans prise en charge des besoins sanitaires des personnes. Tout ce qui arrive autour du monde est lié à la santé et au changement climatique. Il faut changer car il n’y a pas de planète B. Pour cela il faut un vrai leadership politique, des éléments clés pour transformer les engagements nationaux en réalités locales. Elle s’oppose au débat ridicule de savoir qui a causé le changement climatique, et demande aux gouvernements de comprendre la leçon de cette crise sanitaire.

La Ministre Petra Bayr a parlé au nom de l’Autriche et s’est concentrée sur la question des enfants, de leur droit à un environnement propre. Groupe vulnérable ils vont faire face aux conséquences long-terme de la pandémie (que l’on connait mal) et du changement climatique (que l’on connait bien). Elle a insisté sur leurs souffrances : famine, malnutrition, mauvaise qualité de l’air, pauvreté. La Somalie et le Malawi produisent le moins d’émissions et pourtant souffrent le plus : il faut une justice climatique globale. La Ministre a appelé à une triple alliance des responsables politiques, de la société civile et de la communauté scientifique sur les taxes carbones, contre le lobbying des entreprises (elle a cité l’affaire Exxon), et de la nécessité du principe de pollueur payer.

Plusieurs scientifiques se sont alors exprimés : directeur de recherche au CNRS, Serge Morand a appelé à une plus grande communication et collaboration entre scientifiques, pour développer les synergies et travailler davantage sur les solutions. Directeur d’un Institut de recherche au Qatar, Marc Vermeersch plaide pour une approche holistique car les résultats des recherches s’appliquent déjà à plusieurs régions du monde. Enfin, Nigel Sizer souligne l’importance de prévenir par la recherche les prochaines pandémies.


Partenariats avec le secteur privé et contribution aux ODD, organisé par le Business and Industry Major Group

Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Jade Plancke

La session sur les « Partenariats avec le secteur privé et contribution aux ODD » a permis de réaffirmer le rôle critique du secteur privé pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Les entreprises ont un rôle central à jouer dans la résolution de problèmes mondiaux tels que la relance économique suite de la pandémie de la COVID-19, les problèmes environnementaux et les inégalités croissantes.

Pendant le premier panel, un accent a été porté sur le rôle des entreprises dans la relance socio-économique post-pandémie. Le centre régional du secteur privé pour le soutien des ODD en Colombie a présenté la création d’un partenariat avec un grand distributeur. Ce partenariat a pour objectif de permettre aux petits producteurs de vendre leurs produits à travers des grandes filières de distribution, et d’augmenter leurs revenus. Elle a également permis aux consommateurs d’avoir accès à des produits de meilleure qualité. Le président national de la fédération des employés maldiviens, a ensuite réaffirmé, au cours du panel, le rôle primordial du secteur privé, en particulier le secteur touristique, qui emploie des milliers de Maldiviens tous les ans. À la suite de cette intervention, le responsable de l’engagement stratégique de la World Benchmarking Alliance a rappelé qu’il était essentiel que le secteur privé aligne ses activités avec les ODD. En somme, le secteur privé assurera la relance socio-économique en créant des partenariats qui contribueront à l’atteinte des ODD, ainsi qu’en intégrant les ODD dans leurs activités.

Le deuxième panel a mis au centre de la discussion le rôle du secteur privé dans la réduction de la fracture numérique et dans la lutte contre le changement climatique dans le cadre de la relance post-COVID et de la réalisation des ODD. Le directeur stratégique Suisse de Microsoft, Jean-Yves Art, a évoqué l’importance de mettre la technologie et l’innovation au service des ODD. À la suite, la directrice de la transformation industrielle et technologique de Repsol, Adriana Orejas, en Espagne, a souligné le rôle des entreprises dans le développement de nouvelles technologies comme l’hydrogène. Ainsi, l’ensemble des panélistes ont rappelé l’importance d’assurer l’accessibilité de la technologie afin d’éviter la fracture numérique. Enfin, ils ont réitéré l’importance de transformer et adapter les modèles économiques des entreprises afin de contribuer à la réalisation des ODD.


Évaluation – une voie efficace vers la réalisation du Programme 2030, organisé par la Finlande

Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Clara Beauvoir

Dans le contexte de pandémie mondiale qui retarde la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU en accroissant la pauvreté et les inégalités, trois pays ont mis en place leur propre évaluation indépendante de l’application des ODD : le Costa-Rica, la Finlande et le Nigeria. De ces trois régions pourtant différentes, il ressort un consensus : il n’y a pas de méthode miracle pour évaluer les ODD. Cela dépend d’enjeux territoriaux spécifiques. Mais ces trois témoignages font ressortir certaines difficultés et certaines opportunités, apportant des réponses à la mise en œuvre de l’Agenda 2021.
La Finlande présente trois approches de son processus d’évaluation :

  • Le rôle éminent de l’évaluation pour nourrir des décisions politiques participatives : cette approche d’échanges multi-acteurs a joué un rôle clé lors de la première évaluation réalisée en 2018 (résultats obtenus en 2019), et sera une méthode utilisée pour une seconde évaluation à venir dans les prochains mois ;
  • L’importance des élections parlementaires à l’aube des résultats de l’évaluation : cela conduit chaque parti politique à planifier la réalisation des ODD, puis à la conservation de ces enjeux après les élections ;
  • La place de l’évaluation du gouvernement : bien qu’on ne puisse prouver la réelle influence sur le processus d’évaluation, le gouvernement agit en corrélation avec les défis de l’agenda 2030.

Le Nigeria a démontré, alors même que les premiers résultats de son évaluation ne sont pas encore consolidés dans un rapport final, que les évaluations en cours permettent d’intégrer l’Agenda 2030 dans les orientations politiques, par exemple en questionnant le poids budgétaire accordé à la santé. Il en ressort une véritable culture de l’évaluation, intéressante aussi du point de vue du Costa-Rica exprimant le besoin de définir de nouvelles méthodologies pour évaluer les ODD qui sont complexes et interdépendants. Les évaluations indépendantes permettent donc un partage de bonnes pratiques au sein des communautés qui s’intègrent également dans les décisions politiques suite à l’apprentissage d’expériences concrètes évaluées.

Ainsi, le point fort des évaluations est que cela permet de renforcer les capacités d’apprentissage. Le Nigeria s’engage même à conduire des examens volontaires réguliers publics, témoignant une véritable volonté de ces États de partager au nom d’un « bien commun » leurs pratiques pour mettre en œuvre des politiques multisectorielles efficaces afin d’atteindre les ODD.


ODD16 en Irak : ne laisser personne de côté, organisé par l’Irak et le PNUD

Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Clémentine Fournier

Le 7 juillet 2021, la représentation permanente de l’Irak à l’ONU a organisé un événement parallèle avec le soutien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur le thème : « Objectif de développement durable (ODD) en Irak : ne laisser personne de côté ». Cet événement a rassemblé des représentants de l’État irakien, y compris le ministre de la planification, des représentants du PNUD et de la société civile irakienne. Il a permis de souligner les ambitions irakiennes en termes de développement durable dans les années à venir, notamment autour de l’ODD16 sur la paix, la justice, et les institutions efficaces, malgré les nombreux défis à relever.

En effet, l’Irak sort d’un conflit destructeur de plus de trois ans, après avoir reconquis un grand nombre de ses territoires qui avaient été occupés par l’État islamique. Ce combat a laissé de profondes traces sur le pays, comme l’a rappelé l’Ambassadeur Mohammad Hussein Bahr Al-Uloom, représentant permanent de l’Irak à l’ONU. Au nombre de ces stigmates, une dégradation des infrastructures et des services, une baisse de l’emploi, de larges déplacements de population et des séquelles sur la santé mentale de toute la société.
Mais le gouvernement, en partenariat avec le PNUD, a lancé un ambitieux programme de réformes, afin de mettre en place l’Agenda 2030, avec une attention particulière accordée à l’inclusion de toute la population, y compris des personnes les plus vulnérables. L’ODD16 est de première importance dans ce processus, a rappelé Khalida Bouzar, Sous-Secrétaire générale et Directrice du Bureau régional pour les États arabes du PNUD. Il est en effet crucial de restaurer la justice pour reconstruire une société très atteinte par la guerre, encourager la démocratie, et reconstituer une identité nationale.

La récente crise de la COVID-19 est un défi de plus pour l’Irak, comme l’a souligné le ministre de la planification Khalid Najim. La chute des prix du pétrole, accompagnée par une contraction plus générale de l’économie, a fait augmenter le niveau de pauvreté et le taux de chômage qui atteignent respectivement 31,7% et 21%, aggravant encore les inégalités dans le pays. En plus des mesures d’urgence mises en place avec l’aide du PNUD lors de la crise, comme la mise à disposition d’infrastructures de santé adaptées pour plus de 32 millions d’irakiens, il s’agit maintenant de trouver des solutions pérennes pour aider à la relance de l’économie.
Le représentant de la société civile Monsieur Mohammad, a rappelé que la collaboration avec les ONG, le secteur privé mais également l’implication de la jeunesse, qui représente 43% de la population active, étaient des leviers essentiels pour atteindre les ODD. Les prochaines élections, qui auront lieu en octobre 2021, seront aussi une occasion d’affirmer un peu plus la démocratie dans le pays.


L’accès à l’eau et à l’assainissement sous le prisme des inégalités de genre, organisé par le Rural Development Centre

Analyse rédigée en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy par Bastien Beauducel

L’objectif 6 des Objectifs de développement durable vise à assurer la disponibilité et la gestion soutenable de l’eau et des services d’assainissement pour tous. Même si les intervenants ont reconnu des avancées depuis le début du XXIe siècle, cet objectif est loin d’être atteint. Selon ledernier rapport de l’ONU, 26% de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable et quasiment 50% n’a pas accès à des infrastructures d’assainissement de qualité.

Cette proportion n’est pas équitablement répartie sur la planète. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, d’après les données du rapport de l’ONU, alors que les pays du nord assurent un accès quasi-universel à l’eau, cela n’est pas le cas dans les pays du sud et notamment dans certains pays africains où moins de la moitié de la population a accès à l’eau potable (ex. au Congo et au Tchad).

Au sein même de ces pays, l’accès n’est pas non plus réparti équitablement. Des communautés sont discriminées en fonction de leur genre, leur sexe, leur religion ou encore leur lieu de naissance. A titre d’exemple, la discrimination que subissent les dalits (caste qualifiée d’« impur ») en Asie du sud-est, notamment en termes d’accès à l’eau et à l’assainissement, qui remet en cause leur droit à la dignité, a été soulignée. De même, les dynamiques de discriminations subies par la communauté LGBTQI au Brésil ont été mises en avant. Cette discrimination s’exerce également pour l’accès à l’eau dans des endroits où les infrastructures manquent et où l’eau subit des altérations liées à l’agriculture intensive. Une autre intervenante a mis en relief l’accès inégal des femmes à l’eau dans certains pays du fait de l’absence de structures politiques alors que l’objectif 6.2 appelle à porter une attention particulière sur les besoins en eau des femmes et des filles.

Les intervenants ont également souligné que ces problèmes croîtront avec le dérèglement climatique qui entraînera une diminution de la ressource à certains endroits comme le prévoient déjà les rapports du Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

L’objectif 6 est toutefois encore atteignable mais cela implique un quadruplement du rythme de progression en matière d’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement d’ici 2030, par rapport aux avancées des vingt premières années du XXIe siècle.

Pour les participants, ce quadruplement ne pourra avoir lieu sans le renforcement de l’éducation des populations sur ces enjeux et la collecte de statistiques pour renseigner la communauté internationale sur les efforts restants à accomplir. Enfin, les participants ont mis l’accent sur la nécessaire gestion de cette ressource naturelle par les pouvoirs publics car la privatisation de la ressource conduit à des discriminations et des difficultés d’accès. Ces plans nationaux devront être accompagnés par les organisations de la communauté onusienne qui aura pour mission de s’assurer que les plans soient équitables et non discriminatoires.


Le journal de bord est réalisé par différents acteurs et les propos n’engagent pas le Gouvernement français.
Certaines analyses sont rédigées en partenariat avec l’Institut Open Diplomacy.

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